PHARES A VENDRE
Tres bel article du TELEGRAMME DE BREST du 14 juillet 2010
Phares. Qui pour la relève? [Carte]
L'État va proposer aux collectivités bretonnes de devenir propriétaires de44 phares à terre. Une façon de se désengager de ses responsabilités d'entretien et de réparation?
«Que ce soit clair, il ne s'agit ni de transfert de compétences, ni de décentralisation. Nous sommes en discussion avec les collectivités à partir d'expériences et d'actions déjà engagées dans le domaine du patrimoine sur des phares emblématiques. L'entretien et le fonctionnement de la signalisation resteront à la charge de l'État», assure VincentGuigueno (*), chargé de mission au service du patrimoine des Phares et balises.
Budget en récession
Non sans, toutefois, préciser que ce transfert volontaire de propriété - expérimenté à Chausey, au large de Grandville(50)- a effectivement pour but de soulager un budget Phares et balises. Depuis quelques années, ce dernier se réduit, en effet, comme peau de chagrin, notamment au niveau de l'entretien de tout ce qui n'est pas lié à la sécurité maritime, comme «la toiture du gardien qui n'habite plus le phare». Bref, une fois la commune, la communauté de communes, le Département ou la Région propriétaire, c'est le contribuable local qui mettra la main au portefeuille pour l'entretien du bâtiment. Ce n'est pas systématique, tempère Vincent Guigeno:«Leconservatoire du littoral, organisme dépendant de l'État qui servira de point d'appui à cette politique, pourra aussi se porter acquéreur. Et ce d'autant plus que beaucoup de phares, en Bretagne, se situent sur ses terrains».
«Optimiser»
Selon le chargé de mission, ces transferts ont pour objectif d'optimiser l'utilisation et la valorisation de ces sites, dont beaucoup sont déjà visités: «Tant qu'à investir en travaux ou en muséographie, comme l'a fait le conseil général du Finistère, au Creach, à Ouessant, autant que ce soit dans ses murs. De plus, autant avoir le meilleur propriétaire possible. Pour le phare de Senetosa, en Corse, la commune a demandé à devenir propriétaire afin de pouvoir bénéficier d'aides européennes. Cela ouvre la porte à des financements mixtes, le conservatoire pouvant aussi drainer du mécénat».
«Plus d'argent»
«De belles paroles mais qui cachent un énième désengagement de l'État à l'égard d'une mission de service public et un démantèlement de son patrimoine. Il n'y a plus d'argent dans les caisses, un point c'est tout», estime le responsable d'une association bretonne de défense du littoral. Plus grave encore, selon l'association, ce désengagement financier, mais aussi le fait que «l'on privilégie - c'est prévu dans le Grenelle de la Mer- l'aspect patrimonial des phares au détriment de leur rôle de signalisation, est inquiétant pour la sécurité maritime, surtout dans le contexte d'un service qui n'a déjà plus les moyens de fonctionner». Sur ce point, Vincent Guigueno affirme que, mis à part le cas de Tévennec (lire ci-dessous), il est hors de question de transférer aux collectivités des phares en mer car les budgets d'entretien sont autrement plus conséquents et nécessitent des logistiques sans aucune commune mesure par rapport aux phares à terre. Propos qui ne rassurent pas pour autant l'association de défense dans le contexte de rigueur des finances publiques.
* Vincent Guigueno répondra à toutes les questions sur le sujet lors d'un débat organisé dans le cadre des fêtes maritimes de Douarnenez, le samedi 24juillet, à 15h30, à bord de La Fée de l'Aulne.
- Hervé Queillé