Phares a vendre (suite)
Article de NORD LITTORAL
LES PHARES DUNKERQUOIS SONT A VENDRE
Le Feu de Saint-Pol serait en triste état
« Il fallait bien faire quelque chose pour ces phares ! », reconnaît Claude Declercq (secrétaire CGT des OPA ouvriers des parcs et ateliers des Phares et balises de Dunkerque), qui réagit à la lecture du courrier ministériel, et à la liste des phares concernés annexée. « Dans sa quête effrénée de réduction des crédits, ce n'est pas une surprise que l'Etat cherche à se débarrasser d'eux. Les remettre en état représente un coût exorbitant. Encore aurait-il fallu assurer un entretien courant qui depuis plus de 20 ans a fait défaut », lâche-t-il. « Pour la jetée de Saint-Pol, nous avons posé le problème depuis des années. Depuis 30 ans, le phare se dégrade. Sans chauffage depuis des lustres, jamais aéré par quiconque, le bâtiment est victime de l'humidité, avec 20 centimètres d'eau en bas. Des filets de protection ont été posés sur le haut pour éviter les chutes de pierres ! ». Que va-t-il en advenir ? « Ce feu est indispensable, donc on ne peut imaginer son transfert que vers le Grand port maritime de Dunkerque. Car il est impossible de le faire visiter sous de bonnes conditions, avec les lames de mer qui passe au-dessus de la jetée ».
Une "deuxième vie" pour le phare du Risban
Claude Declercq qualifie l'état général du phare de Dunkerque, « d'un peu mieux » (que le Feu de Saint-Pol). Le phare du Risban devait d'ailleurs être ouvert à la visite, avant que l'office de tourisme et le musée portuaire de Dunkerque ne se ravisent. « Des travaux ont été réalisés ces dernières années, mais cela pêche côté électricité et toiture », note Claude Declercq. Situé à l'intérieur des terres, le phare dunkerquois présente un intérêt touristique plus certain que son voisin de la jetée de Saint-Pol, au port ouest, d'autant que son utilité signalétique est désormais toute relative.
Avant tout, Claude Declercq s'inquiète pour les huit OPA de Boulogne-sur-Mer, « directement menacés car c'est leur principale activité ; alors qu'ici à Dunkerque, nous c'est le balisage maritime ». Les Boulonnais effectuaient l'entretien des phares du Pas-de-Calais, entre la maçonnerie, la peinture, la mécanique, la menuiserie. « Que fait-on d'eux ? Ils basculent vers qui ? Pour assurer quelles missions ?
Avant, ces OPA appartenaient au SMBC (service maritime Boulogne Calais) avalé par la Région, propriétaire des deux ports ; c'est donc vers elle que nous souhaitons qu'ils soient transférés. Pas au Département, qui avec la réforme des collectivités pourrait disparaître ».
La fédération CGT de l'Equipement s'interroge fortement sur ces transferts vers les collectivités, « au moment où elles sont de plus en plus contraintes aux économies sur leurs budgets locaux faute de ressources fiscales notamment la taxe professionnelle ». L'organisation syndicale perçoit de possibles « effets pervers du dépeçage du patrimoine qui serait morcelée au gré des ambitions et tentations spéculatives foncière et immobilière de la part de certaines collectivités à la recherche de nouvelles attractivités touristiques ». C'est sans doute beaucoup moins vrai sur la Côte d'Opale.
La CGT se déclare « farouchement opposée à un nouveau désengagement de l'Etat vis-à-vis de son patrimoine foncier » ne serait-ce que pour que les OPA assurent au mieux leurs missions d'entretien et de maintenance, et que les contrôleurs (ex-gardiens des phares) maintiennent les installations des établissements de signalisation maritime. Attachés à leur statut spécifique d'ouvriers d'Etat (ils ne sont plus que 21 à Dunkerque), ils craignent une "privatisation" de leur mission, voire une disparition de leur corps. Changeant souvent d'autorité de tutelle, les OPA de Dunkerque seraient directement visés par une démarche de transfert étendue, selon le ministère, à d'autres établissements de signalisation maritimes, en particulier dans les zones portuaires. Plus encore, ces professionnels entrevoient, sans renier les évolutions techniques, l'arrivée du balisage virtuel.
Ludovic BOUTIN